ACCROCHER LA FRANCE AU TRAIN DU NUMÉRIQUE

25 février 2021

par Dominique Lavergne, architecte applicatif

Deux grandes régions géographiques règnent en maître sur le secteur du numérique, de l’intelligence artificielle et de la robotique: les USA et l’Asie. L’Europe et la France, font figure de puces, et semblent manquer de volonté pour s’accrocher au train qui entre en gare. Par fatalité, nous en sommes réduits aujourd’hui, à compter les points. Pour n’avoir pas vu ou voulu voir cette révolution des années 2000 pour l’internet, mais des années 60-70 pour d’autres, nous nous sommes rendus dépendants des autres. Nous étions trop occupés à définir des normes, à mettre en place des commissions, à discourir longuement et à être en contact avec des entrepreneurs sans jamais signer de contrat.

L’Etat stratège convient aux projets sur le temps long, comme cela l’a été dans la modernisation du réseau téléphonique en France par exemple. En revanche, dans des secteurs où les évolutions sont presque quotidiennes, il est totalement inadapté. Le temps que nos hauts fonctionnaires aient pris conscience du problème et fait un choix, ce choix est déjà obsolète. Nous avons préféré la facilité, la réglementation à outrance, la perte de temps, quitte à se ridiculiser en taxant et en pénalisant nos propres entreprises, qui préfèrent s’expatrier ou se vendre, et faire supporter par le consommateur la taxe qu’on a prétendu vouloir faire payer à un acteur du e-commerce.

Redonner de l’espoir

  1. Les acteurs
    • Le secteur privé.  C’est de lui que viennent les innovations que nous connaissons. Il a en outre une excellente connaissance de son environnement et de son secteur d’activité. Cela va de la Startup à la grande entreprise. Cette dernière peut servir d’incubateur pour les premières, comme cela se fait aux Etats-Unis, lorsqu’un laboratoire bien connu met des locaux et du matériel à disposition des biotechs. De cette cohabitation rapprochée, mais aussi de la réactivité et de l’agilité propres à ces jeunes entreprises, on peut attendre de grands progrès et des avancées majeures dans un grand nombre de secteurs, des avancées synonymes de développement, de création de richesses et d’emplois. Sans concurrence, il n’y a plus d’innovation. Sans innovation, on décline et on s’éteint petit à petit.
    • Le secteur public. L’implication du secteur public est indispensable et nécessaire. Parce qu’il sait lancer des programmes de déploiement d’infrastructures lourdes, parce qu’il peut trouver les crédits pour les financer, son rôle est primordial. Il peut aussi assumer le rôle de fédérateur, rassembler les acteurs indispensables à la bonne réalisation d’un projet. En contrepartie, la transparence est nécessaire (on peut prévoir une supervision de ces projets par un cabinet indépendant) et une communication régulière sur l’avancée des projets en cours.
    • L’Etat.  Le rôle de ce dernier est crucial et central, car c’est lui qui en quelque sorte fixe les règles du jeu. A ce titre, il se doit de définir et maintenir dans le temps un cadre juridique et fiscal honnête, stable et transparent. Il n’y a pas pire comportement de la part d’un Etat que de modifier les règles au grès des changements de ministres ou des décisions de l’administration. Si l’on veut encourager les talents ou éviter qu’ils ne s’expatrient, l’Etat se doit de leur offrir cette stabilité dans le temps. Il se doit aussi de fournir et garantir un environnement sécurisant, dans lequel l’administration (fisc, URSSAF notamment) ne joue pas au père fouettard selon son bon vouloir ou son humeur du moment. Un entrepreneur n’est pas obligatoirement un suspect ni forcément une entité taxable à merci (un sondage réalisé à l’ENA révélait que à peu près les 2/3 des étudiants considèrent les entreprises comme des sources d’impôts et taxes plutôt que comme des entités créatrices de richesse !)

  2. Les actions
    • Réduction des inégalités numériques. 
      Pourquoi déployer la 5G d’abord en zone déjà largement couverte par la 4G/4G+ et la fibre  ? Si cela commençait par les zones défavorisées ou à faible densité, on offrirait à celles et ceux qui habitent dans ces endroits de pouvoir bénéficier et accéder aux mêmes services que s’ils vivaient dans une grande agglomération. Cela implique de revoir la politique des enchères mise en place par l’Etat pour facilement faire rentrer de l’argent dans les caisses et obligeant en même temps les opérateurs à déployer leur réseau dans les zones denses pour rentabiliser plus rapidement leur investissement. Les fréquences radio sont un bien public et  elles appartiennent à tout le monde. Laissons aux opérateurs les montants qu’ils vont devoir verser à l’Etat afin qu’ils investissent mieux et dans des dépenses plus utiles, mais aussi se préparent à la 6G qui est déjà en étude au Japon.

      Dès que cela est possible, il faut utiliser les infrastructures existantes pour accélérer le déploiement de la fibre là où cela peut se faire pour un coût raisonnable. La SNCF a déjà commencé en utilisant ses kilomètres de voies, mais RTE peut aussi participer à ce déploiement dès qu’il réalise des travaux de grande ampleur. Les bailleurs sociaux doivent également être impliqués pour faciliter le raccordement des immeubles à la fibre lorsque cela est réalisable techniquement et sans coût prohibitif. Les fournisseurs d’accès devraient offrir un abonnement à tarif modéré. Pendant le premier confinement, certains élèves disaient avoir un accès internet chez eux…tant que leur père ou leur mère était à la maison, car c’est le téléphone portable qui servait de point d’accès. Dès que ce téléphone quittait l’appartement plus de connexion.

      Nous devons également garder un œil sur le projet Starlink, porté par Elon Musk, qui consiste à déployer un réseau de satellites (on évoque le nombre de 42000) en orbite très basse (entre 350 et 600Km) et destiné à faciliter l’accès à internet pour tous. Ce projet est en phase initiale, on ignore s’il ira à son terme vu les défis à relever. Mais s’il se développe, c’est tout le modèle économique de la fourniture d’accès à internet qui risque d’être bouleversé. Nos spécialistes des télécoms doivent s’y intéresser.

      Enfin, pour l’équipement des familles, on devrait envisager de verser une partie de la prime de rentrée scolaire en bons d’achats ciblés et dédiés à l’acquisition d’un ordinateur portable et d’une imprimante. Ajouter à  l’initiation des enfants à l’école, des formations pour les parents. Dans un avenir très proche, avec tous les bouleversements en cours et à venir, être numériquement exclu sera fortement préjudiciable pour les populations concernées mais aussi pour le pays.

    •  Brancher l’Ecole, aujourd’hui maillon faible du numérique.

      Il n’est pas rare encore aujourd’hui de voir collé sur une porte une plaquette portant la mention désuète de «  Salle Informatique  ». Cela sent bon les années 80, à ceci près que le matériel qui se cache derrière cette porte, même s’il ne date pas des années 80 est bien souvent obsolète quand il n’est pas en panne. Nous devons faire un bond des années 80 aux années 2020, par la signature d’accords (sur 3 ou 4 ans) avec les fabricants d’ordinateurs, après mise en concurrence, selon un cahier des charges précis. Cela permettrait d’équiper les établissements scolaires en matériel moderne.

      De même, il est impératif de raccorder les établissements scolaires de la maternelle au lycée (la fibre passe parfois au pied des bâtiments  !) ce qui permettra de développer l’apprentissage du numérique au plus tôt en y associant les enseignants. Cela devrait s’accompagner d’une remise progressive au goût du jour des méthodes d’enseignement afin de rendre ce dernier plus interactif, plus vivant et éviter un certain nombre de décrochages. Cela pourrait aussi être l’occasion d’abandonner les manuels scolaires de moins en moins utilisés, mais toujours aussi lourds.

    • Synergies et inclusion numériques.

      On l’a vu pendant le premier confinement mais aussi après son allègement, la vente en ligne a connu un essor fulgurant. Cela a aussi multiplié le nombre de livraisons et de véhicules sillonnant les rues. Aux USA, des entrepôts de proximité sont en train de se développer, dans lesquels les acteurs du e-commerce livrent toutes les commandes pour un quartier donné. En développant ce nouveau genre de dépôts, nous participerons à la réduction du nombre de véhicules de livraison. Enfin, des véhicules propres pourraient être utilisés pour parcourir les derniers hectomètres jusqu’au client final, mais aussi ouvrir un point retrait de proximité aux horaires étendus pour les riverains. Dans les zones rurales ou les villes moyennes, cela pourrait contribuer au maintien de commerces voire d’en ouvrir un nouveau et contribuer à ramener un peu de vie dans ces centres-villes de plus en plus désertés. Aujourd’hui, les commerçants de quartier sont presque totalement absents de l’espace numérique, il est vital de les aider à pouvoir continuer d’exercer leur activité. Les communes ou les départements doivent mettre à disposition des commerçants qui le souhaitent, les ressources nécessaires à l’ouverture de boutiques virtuelles, dont le développement soit assuré par un prestataire dont c’est le cœur de métier. Le fonctionnement peut reposer sur le modèle du «  Click and Collect  » mais aussi de la livraison à domicile notamment pour les personnes âgées ou à mobilité réduite.

    • Soutien et Financement des jeunes entrepreneurs.

      La France ne manque pas de talents ni de jeunes entrepreneurs dans le secteur du numérique, notamment autour de la technologie blockchain ou de l’internet des objets. Les aider à se développer est fondamental. Cela peut passer par la mise à disposition de locaux et d’équipements, mais aussi par une facilitée d’accès à certains marchés qui aujourd’hui leur sont inaccessibles, car elles ne présentent pas les garanties ni la surface nécessaires pour pouvoir répondre à un appel d’offres.

      Faciliter l’accès aux sources de financement est également ce qui manque souvent à ces jeunes créateurs, pour lancer et développer leur activité. Les banques sont frileuses et n’octroient des crédits qu’avec parcimonie. Il est vital pour aider ces jeunes entreprises de faciliter la création de fonds d’investissements de type capital-risqueur, capables de se substituer aux banques. BPI France existe, mais les conditions d’octroi de financement sont trop restrictives à ce jour. Ces jeunes entreprises ont besoin  de souplesse et d’accompagnement pour se développer. De même, on doit rendre financièrement accessible aux particuliers, l’investissement dans ces fonds, en toute connaissance de cause, par la mise en place d’un cadre fiscal et réglementaire adapté, souple et stable.

  3. Conclusion

Ces actions ne sont pas exhaustives, elles peuvent servir de base de travail pour agir et profiter du formidable potentiel qu’offre le secteur du numérique, en enrichissant, en faisant progresser notre pays, mais aussi ses habitants. Certes, nous n’atteindrons pas le niveau des géants Américains ou Asiatiques. Mais si nous nous y mettons vraiment, si nous nous retroussons les manches et si nous nous donnons les moyens de parvenir à accrocher ce train, nous pourrons nous dire que pour l’avenir de la France et pour baisser notre taux de chômage, nous avons tout essayé.

Tous les acteurs doivent se sentir concernés, tous doivent travailler, construire et penser ensemble. C’est bien plus qu’un partenariat public/privé dont nous avons besoin. Il s’agit d’un projet commun, avec un but commun: faire progresser la France et celles et ceux qui y vivent et y travaillent, en mettant fin à ce sentiment d’abattement de déclassement et de relégation de notre pays, à l’instar des vaccins avec Sanofi et l’Institut Pasteur. Il est toujours temps d’agir, mais il faut faire vite.

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